Médias: Premier pouvoir

Traditionnellement, le pouvoir médiatique est considéré comme étant le quatrième pouvoir, un contre-pouvoir qui tiendrait à l’affût les trois pouvoirs traditionnels de l’État démocratique: les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. C’est ce qu’on enseigne dans les cours de journalisme. Mais force est de constater que cette conception, pour l’instant dominante, est erronée.

La théorie traditionnelle de la séparation des pouvoirs

Les trois étapes sont nommées ‘’pouvoirs’’, mais elles ne constituent pas des pouvoirs à proprement parler. Il s’agit plutôt d’organes distincts, chacun étant spécialisé dans une étape du processus du pouvoir.

1. Législatif, Exécutif, Judiciaire

Je prends une décision (législatif), j’exécute une action (exécutif), et je m’assure qu’elle soit appliquée (judiciaire).

Pour Montesquieu, l’étape judiciaire est une subdivision de l’étape exécutive, et j’abonde en ce sens. En effet, c’est une partie de l’exécution de s’assurer que les lois soient exécutées, et d’exercer la justice en conséquence. Il est bien que l’étape judiciaire soit conceptuellement séparée de l’étape exécutive, mais elle en fait partie. Donc, dans les faits, nos systèmes démocratiques sont structurés selon deux étapes fondamentales.

2. Législatif et Exécutif Je prends une décision, et j’agis en conséquence.

Toutefois, il manque un élément qui est de la plus haute importance, et qui ne fait pour l’instant pas partie du processus officiel du pouvoir. Il s’agit de l’étape informative.

La théorie du processus du pouvoir

3. Informatif, Décisionnel (anciennement législatif), Exécutif. Je recueille des informations. Je prends une décision. J’exécute une action.

L’étape informative n’a pas été prise en compte par Locke et Montesquieu lors de l’élaboration de la théorie de la division des pouvoirs qui constitue les fondements de nos démocraties.

Ces penseurs du XVIIe siècle n’avaient pas en tête une démocratie au suffrage universel telle que nous la connaissons aujourd’hui (et l’extrême importance du rôle des médias de masse qu’elle implique). Ils imaginaient plutôt une démocratie avec quelques représentants du peuple, où siégeraient aristocrates, grands propriétaires et royauté. Il est donc naturel que l’aspect informatif du processus du pouvoir ait été négligé.

L’incohérence de notre système démocratique

Afin que les décisions de l’État servent l’intérêt général de la population, les députés sont élus au suffrage universel par la population. L’étape décisionnelle est démocratique.

Le problème fondamental de notre démocratie est que l’étape informative, à la base de tout le processus du pouvoir, n’est pas exercée par des agents démocratiques.

Le processus du pouvoir que nous décrivons est déjà à l’œuvre. Les élus prennent leurs décisions selon les informations qui sont mises à leur disposition. Mais les informations sont le reflet du réel, sur un miroir qui peut facilement être déformé pour influencer les décisions et servir les intérêts économiques particuliers de ceux qui financent et possèdent les médias.

En déformant légèrement (ou affreusement) la réalité, les médias peuvent influencer les décisions des électeurs, qui éliront le gouvernement qui sert le mieux les intérêts des gens qui financent et possèdent les médias. Par la suite, les médias peuvent influencer les décisions des élus, en mettant de l’avant certaines informations, en gardant le silence sur certaines, et en déformant des réalités. Dans cette optique,

Les médias ne constituent pas un contre-pouvoir, mais sont à la base de tous les processus de pouvoir.

Ils constituent l’Entremetteur de l’information par excellence. Le plus grand pouvoir est invisible, il est l’Esprit des lois.

Le pouvoir décisionnel peut être comparé aux voiles d’un navire, et le pouvoir informatif au souffle invisible du vent. Bien sûr, dans nos démocraties, les décisions sont prises librement, démocratiquement. Mais les chances sont très élevées d’ajuster les voiles selon la direction du vent.

L’attention étant une ressource limitée (les revenus des grands entremetteurs de l’attention comme Google et Facebook l’attestant), les médias doivent déterminer quels sont les faits qu’ils mettront de l’avant, et quels sont les faits à ignorer, selon le critère de l’intérêt public.

Toutefois,

Il est quelque peu risqué de définir ce qui est d’intérêt public, lorsqu’on est financé par des intérêts privés.

Attention, n’allez pas croire que je fais l’apologie des médias publics, qui servent (en partie) les intérêts de l’État, ou encore, que je démonise les intérêts privés.

Les intérêts privés et les intérêts publics ne sont pas toujours mutuellement exclusifs. S’ils peuvent être perpendiculaires (conflit d’intérêts), ils peuvent aussi être parallèles (harmonie des intérêts): et là est tout l’art, toute l’essence du modèle d’affaire du Primidi.

L’objectif que je veux atteindre, c’est d’accorder les intérêts privés à l’intérêt public, les intérêts particuliers au bien commun.

Il est donc essentiel, afin d’atteindre cet objectif et ainsi vivre dans une démocratie fonctionnelle, que les organisations qui sont à la base du processus décisionnel soient elles aussi démocratiques.

Heureusement, pour démocratiser les médias, il n’est pas nécessaire de modifier la constitution de l’État.

Il suffit tout simplement de démocratiser les grands médias selon le modèle de démocratie multipartite. Si les médias servent l’intérêt général, ils pourront collaborer – tout en étant un organe distinct – au sain processus démocratique.

Pour y arriver, j’envisage deux trajectoires possibles.

Deux approches

  1. L’approche de ‘’conversion’’ J’encourage la mise en œuvre d’un processus de démocratisation des grands médias traditionnels existants selon le modèle de la démocratie multipartite des compagnies.

  2. L’approche ‘’jeune pousse’’ Créer un nouveau média dont la démocratisation multipartite anticipée fait partie de sa constitution. Le Primidi est l’incarnation de cette seconde approche.

Il est possible et souhaitable que les grandes institutions médiatiques actuelles se démocratisent, et nous encourageons de tout cœur tout pas en ce sens. Tout comme il est possible et souhaitable qu’une jeune pousse comme Le Primidi donne forme à un certain idéal médiatique et démocratique.

Les uns seront naturellement attirés vers l’une ou l’autre des approches, et ils sont incités à suivre leur inclination.

Si le pouvoir vous intéresse, j’ai écrit 3 textes qui clarifient cette notion fourre-tout, floue et souvent mal utilisée. Parce que pour changer le monde, ça prend du pouvoir, et que pour avoir du pouvoir, il faut le comprendre.


Lien vers les trois textes La Triforce La Clarté du pouvoir Média=Religion

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